interview d'Emilie Coquil
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Slasheuse Artiste Céramiste ⎢ l’Interview d’Emilie Coquil

Aujourd’hui, sur le blog Objectif-Slasheur j’ai le plaisir d’accueillir Émilie, une slasheuse artiste céramiste très inspirante.

Notre rencontre s’est déroulée par hasard sur le web, lorsqu’Émilie me questionna dans les commentaires sur l’un de mes articles. Petite curieuse, je suis alors allée visiter son blog et il se trouve qu’Émilie est céramiste / formatrice / graphiste et blogueuse : une vraie slasheuse épanouie dans ses différentes activités professionnelles. En plus, elle a gentiment accepté de répondre à mes quelques questions.

Partez à la découverte de cette slasheuse qui assume pleinement qui elle est, qui a su s’écouter et construire sa vie professionnelle. En se moquant des chemins classiques elle réussit à s’épanouir chaque jour dans son travail et ses passions. Elle a su transmettre à travers les réponses à mes questions, d’excellents conseils à tous ceux qui se posent la question —  “Comment peut-on vivre de ses créations artistiques ? “

Bonjour Émilie. Je voulais tout d’abord te remercier de prendre le temps de répondre à mes questions. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, je suis Émilie Coquil, une artiste céramiste française installée à Montréal depuis une dizaine d’années. En plus de ma pratique, et de l’enseignement de la céramique, je travaille comme graphiste dans le secteur culturel. J’ai étudié les arts appliqués en France, le métier d’artisan céramiste et la psychologie au Québec.

Pour moi être une slasheuse, c’est partager mon temps professionnel entre ces différentes activités en prenant soin de préserver la passion pour mon travail. Cela signifie être à l’écoute de ce qui fait vraiment sens pour moi, plutôt que de tenter de répondre à des diktats sociaux.

Cela signifie être à l’écoute de ce qui fait vraiment sens pour moi, plutôt que de tenter de répondre à des diktats sociaux.

C’est d’ailleurs dans cette optique que j’ai lancé mon blog sur la céramique : neo-ceramistes.com. J’y encourage les gens à s’approprier l’artisanat et à s’assumer pour pouvoir vivre de leur activité. Je suis convaincue qu’aujourd’hui les gens ont besoin de retrouver du sens dans leur vie professionnelle.

Émilie Coquil - Slasheuse : Céramiste / Graphiste / Enseignante
Crédit photo : Vincent Perrocheau

À lire également : Qu’est-ce qu’un slasheur ? 


Je partage entièrement ton point de vu. Il est tellement important de consacrer notre temps à des activités qui résonnent en nous. En tant que slasheuse artiste céramiste, peux-tu nous expliquer plus en détails quels sont tes différents métiers ?

On peut les étiqueter ainsi : céramiste/graphiste/enseignante/blogueuse. Mais ces 3 métiers ont des frontières poreuses. À commencer par le fait de mêler les nouvelles technologies à des pratiques ancestrales.

Slash n°1 : Céramiste et créatrice de bijoux

En effet, en tant que céramiste, j’utilise la photolithographie pour imprimer des images sur la porcelaine « à l’ancienne ».​​ Cette technique m’a permis de redonner une nouvelle vie à des photos artistiques qui parlent de rencontres, mais aussi d’une vision poétique du voyage qui m’est propre. Je travaille également sur commande, j’immortalise alors l’image d’un être cher ou d’un souvenir sur la porcelaine.

Émilie Coquil - Slasheuse dans son atelier
Crédit photo Vincent Perrocheau

J’aime aussi créer des bijoux et divers objets décoratifs, que j’imagine comme des petits fragments de paysages qui se seraient égarés dans nos maisons. Tout cela est disponible sur mon site anitchacreation.com 

Slash n°2 : Graphiste

Mon métier numéro 2 c’est le graphisme que je pratique depuis plus de 10 ans pour des organismes culturels ou à vocation sociale. Et j’aime y revenir, ça complète aussi très bien la pratique artisanale. J’utilise aussi certains logiciels comme Lightroom pour préparer mes photos sur porcelaine.

Photolithographie : Mon jardin Parisien

Slash n°3 : Enseignante… et blogueuse

Mon 3e métier est l’enseignement de la céramique. C’est beaucoup de satisfaction de transmettre son savoir et de voir ses étudiants récompensés par la création de pièces dont ils sont fiers. Je propose des ateliers aux enfants, aux adultes mais aussi à des personnes qui vivent dans l’isolement ou ont des difficultés psychologiques.

Émilie Coquil _ Slasheuse - Lorsqu'elle enseigne
Crédit : Renard

Enfin j’ai trouvé une autre manière de « transmettre » ce métier-passion avec le blog : Néo-céramistes, qui s’adresse davantage aux personnes qui veulent développer leur pratique artisanale pour en vivre, trouver l’indépendance avec un métier qui fait du sens.


Tes activités sont très intéressantes et diversifiées, d’ailleurs j’aime cette idée de frontière poreuse ! Tes slashs sont-ils équilibrés dans ta vie professionnelle ou l’un prend le dessus sur les autres ?

J’imagine que je tends à trouver un équilibre. J’ai essayé plusieurs formules, et les besoins évoluent au fil du temps. Mais la pratique de la céramique revient toujours. Ça demande beaucoup de temps, quand on commence un projet ou une production, il faut être là tous les jours.

Aussi globalement au Québec les saisons ont un fort impact sur les gens (et donc sur moi). L’été je suis davantage dehors en train de faire de la photographie, j’enseigne à l’extérieur, j’expose sur des marchés. L’hiver je peux préparer des images pour de nouvelles expositions chez moi ou m’isoler à l’atelier. L’automne et le printemps sont si courts qu’ils permettent juste une transition d’un mode de vie à un autre.


L’organisation est un point clé chez les indépendants, comment organises-tu tes journées ?

Il m’arrive en période intense d’aller à l’atelier le matin, de faire du graphisme à la maison l’après-midi, et de donner un cours de céramique le soir. Mais plus le temps passe, plus je me consacre totalement à une ou deux activités plusieurs jours de suite. C’est beaucoup plus sain pour l’esprit.

Aussi une chose qui a pris de l’importance au fil du temps, c’est que je me réserve des moments pour moi et mes proches. Et la fin de semaine je prends au moins une journée off pour partir au chalet, marcher, faire du yoga, ça change la vie !

Emile Coquil — Slasheuse — À l'atelier
Crédit : Vincent Perrocheau

Qu’est-ce que t’apporte le fait de cumuler plusieurs métiers ?

Des rencontres

Ça apporte tellement ! Premièrement rencontrer toutes sortes de gens que je n’aurais jamais rencontrés autrement. Des photographes reporters, des entrepreneurs, des coachs de vie, des tarologues, des musiciens qui passent leur vie sur la route, des enfants curieux, des anonymes aux vies incroyables, des rescapés de la guerre, des passionnés d’images, des professeurs…

Des rituels… mais pas de routine

Deuxièmement, mettre la routine au placard. La seule routine que j’accueille est de l’ordre du rituel. Elle est assumée ; que ce soit dans une retouche d’image ou une mise en page ou bien à la table de pétrissage où les gestes que je fais ont 10 000 ans. Pétrir la terre, l’étaler en plaques ou en colombins, poncer un objet… c’est routinier, mais c’est un flow.

De l’action et de la réflexion : le mix parfait !

Le troisième apport essentiel est une forme d’indépendance de l’esprit qui me permet de balancer réflexion et action. J’apprends des foules de choses que je peux appliquer tout de suite ou bien laisser mûrir... Et qui réapparaissent parfois des années plus tard dans un projet de façon inattendue.


As-tu fait le choix d’être slasheuse ? C’est ton parcours qui t’a amené à cumuler plusieurs métiers ou bien tu l’as délibérément orienté de cette façon ?

Très bonne question ! J’ai longtemps fantasmé sur le fait d’exercer une seule activité professionnelle. Surmenée, je pensais trouver ainsi plus de paix au quotidien. Mais j’en étais incapable ! Je me croyais dotée d’une incapacité chronique. Jusqu’à ce que je lise « Petit guide à l’usage des gens intelligents qui ne se trouvent pas très doués ». Ce livre m’a aidé à m’accepter telle que j’étais, à moins dramatiser, puis à comprendre le sens derrière mon parcours. Tranquillement, j’ai fini par assumer mon côté slasheuse avant même de connaître ce terme. J’imagine que beaucoup de slasheurs et slasheuses qui aiment lire s’y reconnaîtront !

Le contexte québécois m’a aussi aidé, car ici on finit de travailler à 5 h. Il est accepté socialement de faire autre chose que travailler. Alors ça laisse aux gens le temps de faire des projets à l’extérieur, de s’engager dans des causes, de se découvrir des passions.

Émilie Coquil — Slasheuse — À l'atelier
Crédit Vincent Perrocheau

Assumer son côté slasheur… je pense qu’effectivement c’est une étape importante qui bloque beaucoup d’entre nous mais qui est essentielle à passer pour s’éclater pleinement. Il me semble que tu t’es formée tout en travaillant à côté, comment s’est déroulée cette période pour toi ?

Cette période était celle du saut dans le vide, du bordel organisé. Je me suis éclatée dans l’apprentissage : j’ai redécouvert le plaisir de travailler la matière. Je me sentais très chanceuse.

Mais c’était exigeant aussi, un vrai passage à la vie d’adulte sur le tard. Imaginez une journée très physique à tourner des bols, tout en répondant à son client à chaque pause parce qu’il exige un énième changement dans une maquette de livre déjà prête à partir chez l’imprimeur ! C’est là que j’ai appris petit à petit à poser mes limites.

À lire également : Se former pour devenir slasheur.


Tu habites à Montréal, est-ce que ce mode de travail est répandu au Québec ?

Les études coûtent de plus en plus cher au Québec. Moins qu’aux États-Unis, mais quand même. Tous les étudiants sont habitués à faire des « jobines », c’est-à-dire des petits boulots pour payer leurs études, c’est dans la culture. Arrivés dans la vie professionnelle, ils ont déjà un bon bagage.

Ils vont même souvent interrompre leurs études, travailler quelques années puis y revenir plus tard pour monter dans la hiérarchie. Aussi le système éducatif permet cela car il est plus souple, les formations à temps partiel sont nombreuses.

Alors oui, les gens sont habitués à jongler entre la vie professionnelle et la vie étudiante !


Finalement, le système québécois oblige à se remettre en question, se former et donc à éviter l’ennui au travail. 🙂 Quelle est la principale difficulté que tu as rencontrée dans le fait d’être slasheuse ? Comment as-tu fait pour y pallier ?

Ma principale difficulté a été de travailler ma confiance en moi. Quand on cumule plusieurs activités, on peut avoir du mal à s’assumer. Alors on rejette le mérite lié au travail et on l’attribue à des éléments extérieurs comme la chance, les circonstances. On parle même aujourd’hui du syndrome de l’imposteur, tellement cette tendance est courante.

Il y a des croyances ancrées derrière cela : « Il faut être un spécialiste pour faire un travail valable. », « Il faut que je donne plus que ce qui m’est demandé. », « Je connais quelqu’un qui fait ça tellement mieux. » et surtout « Puisque je ne suis pas à temps plein, je ne mérite pas ce salaire. »

Changer de culture m’a aidé à évoluer. En venant m’installer au Québec, j’ai perçu ce qui n’était pas si évident en France pour moi, le fait qu’une femme peut faire aussi bien qu’un homme, avec sa couleur personnelle. Ici les femmes s’assument davantage dans des postes à responsabilité et pointent les incohérences.

Mais les croyances ont la vie dure. C’est au contact direct d’autres personnes travaillant en indépendants que j’ai véritablement évolué, notamment dans un incubateur, c’est-à-dire un lieu où l’on développe des idées d’entreprises. Se regrouper, se soutenir et collaborer, ça a été essentiel dans mon parcours.

Émilie Coquil — Slasheuse — Tournassage
Crédit Renard

Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui souhaitent exercer plusieurs métiers ?

Comme je le mentionnais être travailleur autonome ne veut pas dire être solitaire ! Mon premier conseil est donc de bien s’entourer. Rencontrer des personnes qui partagent notre réalité (d’autres artistes si on est artiste par exemple), mais aussi des mentors et des coachs qui nous inspirent et qui savent nous recadrer quand on perd pied. Il faut que ça clique.

Il s’agit aussi de sortir de sa bulle pour aller parler aux gens. Cette démarche m’a apporté bien plus que je ne l’imaginais au départ. Il y a une foule de gens qui ne demande qu’à vous aider et collaborer à vos projets en ce bas monde, dans la mesure où ils y trouvent un bienfait.

Le Win Win ça fonctionne !

Trouver une organisation personnelle. « Slasher » et être désorganisé c’est l’enfer. Personnellement j’avais peur de perdre ma spontanéité en mettant des règles. Mais c’est l’inverse ! Quelques actions de base comme se prendre un logiciel pour faire ses factures, ranger son bureau régulièrement, se mettre des priorités dans la semaine, ça libère l’esprit.


Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Simplement un gros MERCI pour cette entrevue ! J’espère que mon témoignage résonnera auprès de tes lectrices et lecteurs.


Merci à toi Émilie pour le temps que tu as pris pour répondre à mes questions, que puis-je te souhaiter pour la suite ?

Émilie Coquil — Slasheuse
Crédit Vincent Perrocheau

Que mes projets continuent à bien se développer et je pense notamment à mon blog sur l’apprentissage du métier de « neo-ceramiste » qui est en plein essor. Pour l’instant c’est à l’écrit, mais bientôt il y aura de nouveaux défis avec podcasts et vidéos !!

J’ai hâte de découvrir tout cela :-). 

Je vous rente l’adresse du blog d’Émilie : https://neo-ceramistes.com et sa boutique : https://www.anitchacreation.com

 

2 commentaires

  • Anne-Claire

    Quel beau témoignage !
    Il illustre bien que cela peut-être déstabilisant d’être intéressée par plusieurs métiers ou voies professionnelles. Alors pourquoi faire un choix quand on peut slasher ? C’est également la voix que j’ai choisie et que j’assume complètement maintenant. Ma vie anti routine et multi-métiers, je l’adore !
    Merci à toutes les deux pour cet article.

    • Audrey

      Bonjour Anne-Claire,
      Oui, tu résumes parfaitement la situation : pourquoi faire un choix quand il est possible de pouvoir concilier plusieurs métiers. Encore faut-il savoir qu’il est possible de slasher…

      C’est génial si aujourd’hui tu l’assumes complètement. De mon côté je suis encore (très) souvent confrontée à des personnes qui n’ont pas connaissance du slashing. 🙂

      Je te souhaite une belle journée.

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